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Photographie

Fernand Roux - BIOGRAPHIE

Cote : 0- 9 num_F.Roux_ (10)

Support: Fichier numérique

Description : Fernand Roux (19 mars 1897 – 9 aout 1976)
Jeune pilote : « de l’Air à la terre »
Biographie rédigée par Alain Roux, fils de Fernand Roux.


Son père, Jules Roux, est officier d’artillerie de marine (ultérieurement dénommée artillerie coloniale). Séjours multiples outre-mer, dont trois en Indochine, le dernier au Tonkin avec son épouse Jeanne et ses cinq enfants : Charles, André, Fernand, Robert et Mariette âgée de quelques mois en 1907. Ce séjour est endeuillé par la mort de Robert, 5 ans, tué par la chute d’une barrière de  passage à niveau lors d’une promenade sous surveillance d’une nurse tonkinoise.

                A l’approche de la guerre 14/18, la famille est dispersée. Les deux aînés après de solides études au prytanée militaire de la Flèche puis à Louis le Grand suivent les cours de l’École Coloniale avec en perspective de hautes fonctions administratives.
Mobilisés tous deux dès la déclaration de guerre, ils sont affectés au 22e régiment de dragons. Charles sollicitera et obtiendra son détachement au premier groupe d’aviation. Breveté, pilote expérimenté, il est affecté comme moniteur à une école de formation de pilotes. Il perdra la vie (« Mort pour la France le 29 octobre 1917 ») au cours d’un vol en rase mottes avec son élève à la suite d’une grave erreur de pilotage de ce dernier.  
                A la déclaration de guerre en 1914, Jules le père de Fernand se trouve à Scutari au Monténégro. II y a été mandaté par le gouvernement français pour faire partie d’un détachement international en charge de l’administration provisoire du Monténégro. Son rôle est double, d’une part, technique (mise en place de l’artillerie défendant le site), d’autre part judiciaire participant aux affaires d’ordre juridique. Ce rôle lui est confié en raison de la double carrière menée depuis la fin des années 1900.
                Utilisant toutes ses disponibilités de temps libre, il se passionne pour l’étude du droit ; épris de justice, il acquiert une  parfaite maîtrise de l’annamite pour un meilleur contrôle des débats quand il est appelé à siéger dans des tribunaux militaires en Indochine ou en France.

                Docteur en droit, il exerce, entre autres, les fonctions de commissaire du gouvernement, rapporteur du conseil de guerre du Tonkin, substitut du commissaire du gouvernement près le Conseil de guerre de Paris, commissaire du gouvernement, près le Conseil de guerre de Tours.

Fernand, éloigné de sa famille pendant toutes ces années souffre de cette séparation. Ses études le conduisent à suivre les cours de l’École Breguet. Le 16 mars 1915, trois jours avant ses 18 ans, devançant l’appel, il s’engage « pour la durée de la guerre ». Cette anticipation lui permet de choisir son arme : « l’Aviation » ! Ce faisant il imite son frère Charles auquel il était très attaché, admiratif de sa personnalité – un modèle à suivre !

Dès le 18 mars 1915, il rejoint le 2e Groupe d’Aviation à Bron dans le Rhône.
Dans un premier temps, en août 1915, après une formation sur bimoteur (Voisin, Caudron, Caproni ?), autrement appelé « avion canon » parce qu’armé d’un canon rudimentaire destiné à combattre les dirigeables Zeppelins venant bombarder Paris et autres cibles. Son unité : 1e section secteur 12 – Paris GB102, Secteur 102. Canonnier, il fait équipe avec le pilote Valence, de quelques mois son ainé (classe 1917). Parti du Bourget, il participe à l’offensive de Champagne,  il est affecté ensuite au 8e Groupe de bombardement Voisins stationné à Cuperly/Oise près de Châlons-sur-Marne sous le commandement du Lieutenant Dubuis.
(Photo)

                Ultérieurement, la section d’avions canon du Lieutenant Dubuis est rattachée au 8e groupe de Bombardement Voisins stationné à Esquennoy proche de Breteuil sous le commandement du commandant Vavasseur. Combats sur la Somme au sein de la 4e Armée.
                Envoyé en stage de perfectionnement de tir aérien à l’école de Cazaux, Fernand est affecté à l’escadrille de bombardement Voisins n°108 sous le commandement du Lieutenant Fleury du GB3.
Candidat au pilotage, sa demande est acceptée en août 1917. Il est envoyé à Dijon, dépôt des futurs pilotes. Affecté pour formation sur avion Farman à l’école de Chartres, sous les ordres du Commandant Tassin, son brevet de pilote est délivré le 31 décembre 1917 – N°8753 après 25 heures de vol, 124 atterrissages dont 82 en solo.

                Après perfectionnement à l’école d’Avord, il se retrouve moniteur pilote à Châteauroux avant sa mutation à Istres où il a de nombreux élèves américains et canadiens.
Démobilisé le 6 septembre 1919, rendu à la vie civile, il ne reprend pas ses études antérieures mais rejoint les entreprises Brandt dont les activités Armement, Mécanique et Ferronnerie sont autant de sources d’intérêts pour le jeune ancien pilote de 22 ans.

                Son frère André, après la démobilisation, n’a pas repris ses études à l’École Coloniale, il a été embauché en Tunisie par une grande firme pétrolière, où il est responsable de l’agence de Medjez el Bab, à 60 km de Tunis.
En 1921, les circonstances veulent que Fernand rencontre André à Marseille repartant pour Tunis. Invitation lui est faite de venir passer quelques semaines avec lui en Tunisie. La curiosité l’emporte sur le raisonnable, l’attrait de l’inconnu lui fait prendre un billet pour la traversée sur le paquebot en partance pour la Tunisie. Il y restera jusqu’en 1962 !
En relation avec le monde agricole que lui présente André, il est embauché comme « stagiaire » par un agriculteur français de la région de Medjez el Bab. Ce n’est pas l’agronomie, ce ne sont pas les approches de la biologie appliquée qui l’attirent, c’est le machinisme dont on ne peut se passer.

Démographiquement, la Tunisie est un pays vide (autour d’un million d’habitants en 1900, plus de 10 millions en 2018 !), le climat pas toujours favorable : excès d’eau en hiver, sécheresse automnale et printanière. Concernant la culture des céréales, les rendements sont faibles et irréguliers, les surfaces de chacune des exploitations sont nécessairement relativement importantes. C'est dans ce contexte que le machinisme (tracteur, moissonneuse batteuse etc.,  importés des États-Unis) a trouvé un terrain favorable à son développement précoce en Tunisie.

                C'est également ce contexte qui a retenu Fernand en Tunisie. L’appel aux banques et le soutien familial permet l’acquisition ou la location de terres, essentiellement auprès d’un médecin français de Tunis qui peinait à les mettre en valeur.  

En 1925 Fernand épouse Henriette Lovy, fille d'un médecin franc-comtois  ex-directeur de l'hôpital Sadiki, à Tunis, seul établissement de ce type à 400km à la ronde.  (Optant pour la médecine libérale, le Docteur Lovy devient médecin du bey de Tunis à compter des années 1900. )
Les enfants naissent, les cultures agricoles se développent normalement en dépit des aléas inhérents au métier. Un vaste réseau d'amis fidèles et de solides relations se constitue, sans oublier le très confortable cercle familial. L’avenir semble prometteur. Il n’en est rien. Dès les années 1930, la grande crise mondiale frappe. Le blé voit son cours s'effondrer, les acheteurs disparaissent, Fernand livre ses récoltes ne recevant en contrepartie qu'un acompte misérable.
 La survie économique est très gravement compromise quand en 1936, l’application en Tunisie des mesures gouvernementales prises en France – création de l’office du blé « ONIC », prix garantis - sauve le monde agricole d’une situation désespérée.

Le répit est de courte durée, la guerre éclate en septembre 1939. Fernand mobilisé est affecté à la base aérienne de Bou-Ficha à 60 km Sud Est de Tunis. En dépit de quelques périodes d’entrainement au cours des années 20 et 30, le pilote de 43 ans n’est plus considéré comme apte à maitriser les avions modernes. Il est rapidement rendu à la vie civile où il est jugé plus utile au pays.

                L’armistice en 1940 ne bouleverse pas la situation. La Tunisie n’est pas occupée, les liaisons avec la France sont maintenues, les combats entre Britanniques et Germano-italiens font rage en Tripolitaine et en Cyrénaïque, et dans tout le bassin oriental de la Méditerranée - Malte étant un enjeu très important pour les belligérants.

                Le 7 novembre 1942 : bataille d’ « El Alamein » en Egypte, le 8 novembre 1942 : opération « Torch » : débarquement anglo-américain au Maroc et Algérie. Deux coups de tonnerre simultanés renversant complétement la situation en Méditerranée. La Tunisie au centre du théâtre devient un nouveau terrain d’affrontement majeur.

19 – 11 – 1942 = Jour remarquable, celui où les premiers combats terrestres opposent Américains et Allemands, celui aussi où l'armée « d'armistice Française »  n'est plus d' « armistice ». A Zraouina, nom de la ferme de Fernand à 8km de Medjez el Bab, on voit les Stukas et ME.103 piquer sur les défenses alliées suivies des explosions.

                A Zraouina, toute la famille est rassemblée, Fernand considérant que le risque de bombardements étant grand, était allé chercher les enfants, à Tunis pour leurs études,  censés retrouver le calme et la sécurité des campagnes !

                Erreur !! Stratégiquement Medjez El Bab est au cœur du dispositif militaire allemand qui interdit l’accès à Tunis.  Zraouina se situera d’ailleurs en permanence au cours de la zone des engagements des adversaires contrairement aux larges mouvements de la ligne de front.

                La situation début janvier 1943 devient très dangereuse pour la famille abritée dans un silo où les sacs de blé seront utilisés en tant que sacs de sable pour sa protection. L'évacuation devient une nécessité absolue. En pleine nuit, à pied, en empruntant des pistes boueuses défoncées par les véhicules allemands ravitaillant leurs lignes. Accueil chaleureux le lendemain à Tunis par oncle, tante et cousins fort inquiets du sort de la famille Roux.
Quatre mois plus tard l'axe principal de l'offensive finale implique Zraouina, 4 divisions britanniques percent le front allemand. Le 13 mai, toute résistance a cessé. 250 000 hommes sont faits prisonniers : il n'y a plus de forces de l'Axe en Afrique.

                Pour l’exploitation agricole de Fernand, les conséquences de ces très durs et longs combats sont désastreuses : bâtiments très endommagés ou détruits, récoltes incendiées, matériels et équipements hors d’usage, et pire que tout, des milliers de mines dans les parcelles en culture.

Dès la libération fin mai 1943, Fernand Roux entreprend de réparer les dégâts en dépit des moyens disponibles très limités. La zone agricole constituée de faibles vallonnements, chaque éminence comporte des ruines romaines arasées utilisées par les belligérants comme points de résistance, les espaces intermédiaires sont minés (mines antichars).  Concernant les champs de mines, l’intervention des unités du génie britannique les neutralisera (à quelques exceptions près !) utilisant des prisonniers allemands volontaires -les plans des minages ont été fournis par les spécialistes allemands conformément aux dispositions de l’accord de reddition.. Au terme de deux à trois ans, l’exploitation retrouve une activité presque normale. Fernand observe le monde d’après-guerre, les bouleversements y sont majeurs  dans les domaines économiques, militaires, politiques ou culturels.
L’avenir en Tunisie tel qu’il l’interprète lui parait plein d’incertitudes.
Envisageant un retour en France, il se décide à entreprendre une activité agricole dans la région toulousaine. L’appel au crédit est possible, la fertilité des terres et le climat y sont satisfaisants, avec l’exode rural en cours, les choix d’acquisition ou de location sont grands.
L’agriculture y est infiniment plus facile et moins aléatoire qu’en Tunisie.

Une nouvelle fois, Fernand donne libre cours aux innovations multiples qui s’offrent au monde agricole des années 1950. Avec « l’affaire de Bizerte », Fernand quitte définitivement la Tunisie en 1963 lourdement chargé de souvenirs exceptionnels où la nostalgie n’avait pas sa place.  Il décèdera le 9 aout 1976.


Pour le lecteur qui arrivera jusqu’à ces lignes, il est proposé un texte qui illustre certains aspects de la personnalité de Fernand. Ce texte est repris d’un journal tenu par Léon Penet, oncle d’Henriette, épouse de Fernand Roux. Léon « agriculteur par hasard » fine plume et dessinateur talentueux y relate évènements et échanges de courrier.
                En l’occurrence il s’agit, au mois d’août 1930 d’un feuillet intitulé « Les Veufs de Tunisie », maris esseulés réunis pour se consoler du départ de leurs épouses et enfants partis rechercher la fraicheur des montagnes de France. Encore fallait-il que les conditions économiques le permettent ! On retrouvera dans la lettre de Léon à son épouse Alcée une gamme de traits de caractère de Fernand.
                Altruiste, aimant rendre service. Esprit empreint de curiosité dans un large éventail de domaines. Aimant définir des objectifs mais prêt à les modifier si des opportunités se présentent. Sociable, grande facilité à entrer en relation avec des inconnus sans pour autant manquer de fidélité aux amis et personnages connus. Enfin, sa vie durant, un immense attrait pour l’aéronautique et les hommes qui y consacrent leur vie.


« Zriba, le 25 Aout 1930

Ma Chère Alcée,
Je suis de retour. Je suis parti samedi soir et j’ai couché deux nuits à Hammam-Lif. Ce matin, je suis passé par Tunis pour ma dent. Odieuse chose qu’une dent à faire réparer. Si quelqu’un d’entre vous a quelque chose de ce côté-là qu’il profite de la proximité de Meximieux.
                Samedi soir, nous étions cinq veufs réunis. Nous avons bien parlé, bien bu, bien mangé et beaucoup joué au bridge.
                Le dimanche, à huit heures, j’étais paisiblement installé sur la terrasse  du cercle Militaire à lire la Dépêche quand Fernand est arrivé pour me proposer une promenade à la Marsa, il y conduisait Frédéric Lovy (médecin du Bey)  pour le Bey.
                Fernand m’avait assuré que nous serions de retour dans une heure et demie et nous sommes rentrés à une heure de l’après-midi. Or voici ce que nous avons fait pendant ces cinq heures :
La Ford ayant dévoré l’espace nous avons déposé Frédéric à l’entrée du palais du Bey à la Marsa et pendant la demi-heure qu’il y avait à y passer nous avons visité la Marsa et Gamarth, charmant endroit ; une colline dont le bas baigne dans la mer et dont les pentes se couvrent de jardins et de belles villas.
                La demi-heure passée, nous sommes revenus prendre Frédéric et nous sommes allés à Sidi-Bou-Saïd. La Ford a grimpé allègrement les rues étroites et tortueuses, nous sommes ainsi arrivés jusqu’au phare.
                Après Sidi-Bou-Saïd, nous avons repris le chemin du retour. Mais arrivé à Carthage, Fernand a eu l’idée d’aller voir si Amdame HAFNER était chez elle ; elle habite un hôtel près de la cathédrale. Madame HAFNER étant chez elle – Fernand l’invite à déjeuner. Pendant que Madame HAFNER se faisait belle, nous sommes allés visiter des citernes à la Malga. On charge Madame HAFNER et l’on prend le chemin du retour. Mais arrivé à Kérrédine, Fernand a l’idée d’aller jeter un coup d’œil à l’aéroport des hydravions qui font le service France-Tunisie. Nous arrivons ; sur l’appontement se trouve un appareil que des mécanos entourent de soins. Le pilote est étendu à l’ombre d’une des ailes ; Fernand et lui sympathisent. Ils parlent manches à balais, carlingues, palonniers. Justement le pilote devait essayer l’appareil, il propose à Fernand de l’emmener ; on me jette un coup d’œil : « venez-vous aussi ? ».
                Ma foi j’accepte et je grimpe à l’échelle ; on nous enferme trois dans une petite caisse munie de fauteuils d’osier. Une grue se saisit de l’avion et le dépose dans l’eau. J’entends un bruit infernal et nous glissons sur l’eau qui écume. Au bout d’une minute nous nous sentons enlevés, la queue de l’avion talonne encore deux ou trois fois et puis plus rien, calme plat, nous avons décollé. Fernand a un large sourire et ses yeux brillent.
Nous montons en faisant de grands cercles. La terre s’éloigne, on voit des routes avec de petits points noirs qui glissent, ce sont de vulgaires autos, on voit des petits carrés bien serrés les uns contre les autres, ce sont des maisons et ces maisons font des villes. On voit l’ombre de l’avion qui suit. Je me sens comme chez moi. Le moteur tourne rond et j’ai l’impression que ce moteur nous tient solidement accrochés en l’air. Enfin après avoir passé sur la Goulette et sur le port de Tunis, nous allons nous poser. Le moteur ralentit, s’arrête et nous nous sentons descendre. Puis arrivés près de l’eau, le moteur repart pour filer horizontalement ; la queue frappe de nouveau deux ou trois coups et puis l’appareil glisse sur l’eau écumante, nous étions restés 17 minutes en l’air. J’ai reçu le baptême de l’air.
                Nous allions reprendre le chemin du retour lorsque Fernand propose au pilote de le ramener à Tunis. Le pilote ne se séparant pas de son radio, nous étions 6 dans l’auto. Après avoir déposé les deux passagers à leur hôtel, nous avons pour la dernière fois pris le chemin du retour et j’ai déjeuné chez Henriette.
                Tout cela est fort beau, mais avec ce baptême de l’air, ces bridges, ces mangeailles, j’ai complètement oublié d’aller voir ta bonne mère.
                J’ai essayé de réparer mon oubli le soir, mais tout était éteint chez elle et ce matin je suis allé voir, j’ai timidement sonné et n’ai pas osé insister de peur de la réveiller si par hasard elle dormait. Je réparerai ma faute dimanche car je retourne encore pour cette sacrée dent.
                 Je vous embrasse tous, mes amitiés à Jeanne et Germaine.
                                                                                                                              
Léon Penet”
 



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